Un physique passe-partout
Évitant l'écueil de la full 3D qui pose
plein de problèmes inutiles de caméra,
le moteur de Perry Rhodan se contente d'afficher des décors fixes en 3D dans
lesquels déambulent des personnages
d'arrière-plan et notre héros anti-aliasé
de près. On ne peut pas dire que les
animations soient extraordinaires, Perry manque légèrement de souplesse mais après 3000 ans, j'imagine que ça se comprend et au moins les personnages sont bien intégrés dans le décor et ne ressortent pas artificiellement. Des décors qui sont dans l'ensemble plutôt réussis pour un jeu de science-fiction "classique". Je ne dirai pas que j'en garderai un
souvenir impérissable, il manque un
côté cyberpunk ou totalement délirant
pour que j'adhère à mort mais sur la
fin du jeu, la balade dans la ville
minière enfouie évoque agréablement Blade Runner. Des choix techniques
qui permettent en outre au titre de tourner sur des configurations modestes ou vieillissantes sans carte graphique de
dernière génération.
Avant d'écoper de ce test, j'ignorais totalement l'existence de Perry Rhodan qui est, semble-t-il, une icône de la science-fiction allemande, une sorte de Bob Morane futuriste. La série a commencé en 1961 et continue aujourd'hui à raison d'un fascicule par semaine qui sont ensuite reliés pour paraître en bouquins. En France, avec "seulement" 230 livres parus, le phénomène n'a pas la même ampleur mais suffisamment pour disposer d'un fan-club qui édite son propre fanzine.
J'ai profité de mon dernier voyage de presse à San Francisco et de la présence de spécimens allemands vivants pour les interroger sur la série. "C'est de la sous-littérature de gare, mal écrite, ringarde
et pleine de scènes invraisemblables avec des dialogues stupides", m'aura confié un ancien chanteur de punk germanique. Je ne sais absolument pas si son point de vue est partagé par ses compatriotes mais j'aurais tendance à faire confiance à quelqu'un qui porte en permanence un chapeau de cowboy, des santiags et des chemises à têtes de mort.
Mo Diamond est éternelle.
Cependant, vous le savez notre code d'honneur interne du testeur de jeux vidéo nous oblige à laisser sa chance au produit et à remiser ses a priori au placard avant de lancer un nouveau jeu. Je me contenterai donc de vous présenter le personnage afin de comprendre de quoi il retourne. Dans l'imaginaire romanesque teuton, Perry Rhodan est un astronaute américain qui rencontre des extraterrestres sur la Lune, crée la Milice des Mutants et unit les peuples de la Terre sous sa direction éclairée en mettant fin au passage à la Guerre Froide. Depuis sa rencontre avec l'Immortel, il l'est lui-même devenu, dans un premier temps grâce aux douches cellulaires (ho ho) puis en récupérant un activateur qui remplit le même rôle. Et ce n'est pas tout puisqu'il est aussi légèrement télépathe et surtout galactopsychologue, ce qui ne doit pas être pratique pour trouver un divan compatible avec toutes les espèces. À la tête du gouvernement de la Ligue Terranienne,
je suppose qu'il lui arrive plein d'aventures passionnantes relatées dans les livres mais
le jeu commence lui en 4934 après J.C. Mondra Diamond, son ex elle aussi immortelle, est enlevée par des robots au cours de la cinématique d'intro. Bien sûr, vous serez chargé de la retrouver en déjouant au passage deux ou trois complots intergalactiques.
Dans le futur, les plantes carnivores géantes sont un élément essentiel de la déco des bureaux.

Le sempiternel passage en prison est devenu un incontournable des jeux d’aventure.


Les cercles jaunes sont les zones interactives révélées
par le scanner de poignet.
Punkt und Klick.
Généralement, détailler le gameplay d'un jeu est toujours un bon moyen de faire un paragraphe facile sans trop se prendre la tête. Et puis, il y a les jeux d'aventure point & click qui nécessitent encore moins d'explications que les Hack & Slash et plongent votre serviteur dans des abîmes de réflexions lestées par le doute. Je peux au moins vous dire que le clic gauche contextuel remplace les bons vieux verbes d'action d'antan et que le clic droit ne sert qu'à examiner les objets de l'inventaire et regagner immédiatement une sortie.
Ah si, le détail important, suivant la mode lancée il me semble par Secret Files Tunguska, c'est la présence d'un scanner qui révèle toutes les zones interactives à l'écran. Un mécanisme qui évite la chasse au pixel et la frustration de rester bloqué une heure parce que vous avez raté le cockring caché sous le matelas. D'autres personnes considèrent que cela fait partie du jeu et regrettent la baisse du niveau de difficulté généralement associée.
À vous de voir puisque rien ne vous oblige à l'utiliser et que le scan vous bloque quelques secondes, le temps de parcourir l'écran, un procédé relativement crispant si vous le répétez trop souvent. De toute façon, vous faites ce que vous voulez devant votre PC, profitez avant que tous les jeux ne suivent la voie de Steam et fayottent au monde entier vos habitudes secrètes et vos vraies capacités.
Un jeu bien rodé ?
Par rapport à la der-nière vague de jeux d'aventure que l'on a vu débarquer ces derniers temps sur PC, Perry Rhodan s'en sort plutôt bien. Si vous prenez bien le temps de lire la description de tous les objets, vous ne devriez pas avoir trop de mal avec les énigmes qui font preuve de logique sans tomber dans le délire imprévisible et le test systématique des combinaisons de l'inventaire. La difficulté n'est d'ailleurs pas très élevée dans l'ensemble, conséquence du scanner et de la linéarité prédominante de l'aventure. Un point qui est sûrement un des gros défauts du jeu : la plupart du temps, vous êtes bloqué dans un petit ensemble de salles limitant les possibilités et permettant de tester toutes les combinaisons possibles en dernier recours. Forcément, la durée de vie en prend un coup même si elle reste très honorable pour un titre de ce genre. Et comme je le disais en encadré, la réalisation s’avère honnête et le scénario, s'il ne casse pas des briques, évite l'humiliation. Pourtant, j'ai du mal à m'enthousiasmer et à conseiller ce jeu de façon inconditionnelle. Rien n'y est honteux mais il lui manque une étincelle qui le fasse ressortir du lot. Et puis, je ne suis vraiment pas fan de l'univers de Perry Rhodan et sa conception un peu vieillotte du futur avec des termes ridicules comme console positronique ou parabole focalisatrice de radiations plasmatiques, utilisés sans second degré. Alors, à moins que vous ne soyez déjà conquis ou en manque absolu de jeux d'aventure, attendez un peu.
De conception allemande, Perry Rhodan est un titre relativement carré sans trop de bugs, à la réalisation correcte et aux énigmes logiques. Seulement, sa grande linéarité et les trop nombreux allers-retours avec temps de chargement entre chaque écran finissent par lasser. Surtout que l'univers et le scénario s'adressent aux fans d'une série de science-fiction un brin ringarde et datée, à des kilomètres de l'aura d'un Blade Runner ou d'un Beneath a Steel Sky. Les gens concernés l'auront déjà acheté, les autres attendront plutôt l'occasion.