On choisit pas sa famille
C’est la première fois que je vois ça de manière aussi détaillée, le jeu se souvient de la bio de tous les leaders qu’on met en poste, ainsi que de leur descendance, de leur épouse, de leurs enfants, de leurs amis, de leurs rivaux et même de leur fortune. Un neveu pourra par exemple se plaindre de ne pas être embauché à une place, ce à quoi vous pourrez remédier en lui filant le job qu’il veut (ce qui se traduira par une perte de popularité, parce que les gens n’aiment pas le piston) ou en le laissant au chômage, ce qui lui laissera du temps pour comploter et filer un tas de malus dans la gestion du gouvernement...

Là, le programmeur s’est déchiré : une petite icône permet de voir la ville d’une province en 3D.
Bien, fermez les portes, tirez les rideaux, éloignez les copines, on va se faire ce test entre nous, entre gros pervers de la stratégie sur PC.
Ah, regardez-moi ces screenshots… Ces menus avec plein de chiffres dedans… Ouh, c'est chaud… Hmm, un pop-up "Technology" m'informe que je gagne 3,16 points de recherche chaque année… Hot, hot, hot… Mais dis-moi, tu as une grosse armée là… 21000 hommes ?
Ça fait beaucoup de légionnaires tout ça…
Et si on les envoyait dans cette province qui n'a que 5 en "Attrition", avec un général qui a 8 à son skill "Martial" ? Oui, vas-y, comme ça… Ouvre le menu Diplomatique là… Oh mais t'es un gros coquin toi… Clique sur l'onglet "Trade" pour qu'on puisse vérifier les routes commerciales une à une… Tiens, les barbares attaquent les Carnutes… Bon, on va arrêter avant que ça vire à la pornographie hardcore, mais vous avez pigé le truc : Europa Universalis Rome n'est pas un jeu tout public. Même le gros vétéran de Rome Total War, qui connaît la période sur le bout du doigt, pourra être rebuté par cette version antique d'Europa Universalis 3 qui, comme on va le voir, n'est pas exempte de défauts.
Carthago delenda est. Tout bon jeu Para-dox permet de démarrer avec n'importe quelle faction à n'importe quelle période, mais évidemment, on choisira pour une première partie d'incarner Rome ou Carthage et de tenter d'unifier la Méditerranée quelques siècles avant la naissance du petit Jésus. On se retrouve alors devant une carte 3D divisée en provinces, dans le même style que l'Europa Universalis 3 (avec peut-être un poil plus de détails), et le même style de "temps réel" qui permet de faire défiler les jours plus ou moins rapidement (et de mettre une pause quand ça chauffe, bien entendu). Chaque région dispose d'une ressource, d'une religion dominante, d'une population, d'un risque de révolte, etc., il faut comme d'habitude jongler avec des dizaines de paramètres stratégiques et géopolitiques pour décider de quel côté envoyer les légions. En combat, on retrouve là encore le mécanisme et l'interface du premier EU : un pop-up sec et austère vous informe du résultat d'un combat, sans aucun moyen d'intervenir au niveau tactique. Époque ancienne oblige, les unités ne sont pas fantastiquement variées : infanterie légère ou lourde, cavalerie, archer, du classique, la victoire s'obtiendra en alignant plus de troupes que l'ennemi, et en panachant correctement l'armée (typiquement, une unité de 1000 cavaliers pourra tenir tête à 2000 barbares). Les guerres se gagnent en amont, grâce à une gestion efficace du royaume, ce qui se fait par une tripotée de menus dans le plus pur style Paradox.
Oubliez la Blitzkrieg. Entre deux combats, on devra naviguer de menu en menu pour gérer les taxes et le budget des militaires, assigner du monde à la recherche technologique, déclarer des "idées nationales" pour gagner quelques bonus et entretenir des relations de bon voisinage grâce au menu Diplomatie. Rien à redire, comme toujours chez ce développeur, les mécanismes sont cohérents, et quelques tâches de micro-management fastidieuses ont été zappées au passage, notamment la pénible gestion des marchands qui pourrissait parfois les parties d'Europa Universalis 3. Dorénavant, les échanges commerciaux se font simplement en ouvrant une route commerciale d'une province à une autre pour qu'elles s'échangent leurs ressources respectives. C'est plus clair, plus simple et ça permet, par exemple, d'em-pêcher un ennemi de produire des cavaliers en envahissant la province qui lui fournit des chevaux. Reste qu’il s’agit d’un jeu Paradox, alors l'interface, pour un novice, apparaîtra monstrueusement mal faite : boutons trop petits, informations disséminées, bitmap de décoration hideux… Les habitués, eux, seront tout de suite à l'aise et se mettront à gérer leur petit Empire en répétant les méthodes éprouvées dans les Victoria et autres Hearts of Iron du même studio : pru-dence budgétaire, optimisation de la recherche technologique, armée réduite au strict minimum en temps de paix, diplomatie méfiante… Si Rome Total War permettait de se farcir les Romains avec n'importe quelle pauvre tribu gauloise, là n'y comptez pas : le jeu est beaucoup plus réaliste et beaucoup plus balèze à jouer en tant que petite faction. Incarner les Parisis par exemple constitue un vrai challenge : acceptez par exemple de passer trente ans à vous tourner les pouces avant de faire le moindre progrès technologique, et ne comptez même pas coloniser une province proche à cause des barbares omniprésents…
Europa Universalis 3.1. EU Rome n'est pas une copie pure et simple d'Europa Universalis 3. C'est une époque différente, il y a un nouveau système de commerce, le joueur est moins noyé de messages que d'habitude, il y a une gestion marrante des dynasties (voir encadré). Mais on retrouve quand même beaucoup de choses du jeu de base, notamment les défauts, les mouvements des armées par exemple ; vous allez enrager de voir qu'on ne peut toujours pas changer la destination des troupes (par exemple, les faire aller une province "plus loin") sans qu'elles aient à recommencer tout le parcours… Idem avec les combats qui ne se terminent jamais par une victoire "franche" et qui obligent à poursui-vre l'armée ennemie comme dans le générique de fin de Benny Hill, sans possibilité de l'enfermer dans une poche pour la massacrer tranquille façon Hearts of Iron 2. Je vais aussi reprocher à la partie diplomatique d'être finalement assez faible, avec peu d'interactions possibles (on s'allie, on assassine, on commerce, voilà) et des résultats parfois étranges. Il arrive de commencer une partie très fâché avec un voisin, sans piger pourquoi ni avoir les moyens de régler le problème pour éviter la guerre.
Pour les Paradoxophiles. J'avoue donc que je ne suis pas entièrement convaincu par EU Rome. C'est un jeu impressionnant par certains aspects, parce qu'il réussit à simuler tout un monde antique cohérent, dans lequel les généraux trop populaires vont déclencher des guerres civiles pour prendre le pouvoir, des empires vont s'effondrer en perdant juste une ou deux provinces stratégiques, mais qui ne réussit pas à me faire oublier le charme d'un Rome Total War, moins austère, plus immersif, plus épique. Et évidemment, EU Rome est d'une laideur à faire rougir un Minitel, avec ses cartes aux couleurs criardes et ses petits soldats 3D mal animés pour symboliser les armées. Alors, ça n'empêchera pas les vieux fans d'apprécier le jeu (qu’ils ont sûrement déjà pré-commandé depuis six mois), parce qu'ils sont habitués aux bizarreries et aux limitations des moteurs de jeu de Paradox. Mais ceux qui n'ont pas déjà un très fort penchant pour la stratégie historique un peu old-school n’auront jamais le courage de rentrer dedans.
Voilà, ça c'est fait, un nouveau jeu de stratégie Paradox, destiné uniquement aux fans de ce que fait Paradox. Europa Universalis Rome est évidemment complexe, profond, parfois brillant dans l'implémentation de certains mécanismes de jeu, mais il est farci des mêmes défauts qu'Europa Universalis 3, principalement dans la gestion des mouvements des armées et des combats. Alors, ça reste un bon jeu de stratégie pour les mégalos qui aiment cogiter devant le PC, mais Paradox ne devrait pas se reposer sur ses lauriers.