Lundi 10 mars, 10h48. Tapi dans le coin d'un bureau occupé par trois associations de malfaiteurs, Arthur Rabot peine à se remettre du décès inopiné de son fidèle partenaire, le modem (ndlr: pas de politique, sacrebleu !). Les muscles tressautant sous l'effet des antidépresseurs, essuyant la sueur qui inonde son clavier avec une figurine Bob l'Éponge, il explore avec l'abnégation de ceux qui n'ont plus rien à perdre les nouveautés du site officiel de Grand Theft Auto IV.
Courageux comme un pêcheur breton, l'enquêteur fait fi des regards désapprobateurs, s'accommode tant bien que mal de la forme pas franchement olympique de son portable et met la main sur un tas de nouvelles captures. Déception, il n'y trouve que les habituels paysages urbains décadents, cylindrées rutilantes, explosions hollywoodiennes, armes à feu brandies comme des totems et criminels aux faciès patibulaires. Ses commanditaires risquent d'être déçus, d'aller voir ailleurs, de le laisser se démerder seul avec ses quatre pensions alimentaires et la traite de sa Camaro. Il lui faut continuer, croûte que croûte. Soupir de soulagement, il tombe sur deux nouvelles vidéos, une publicité et un portrait. Il ne rentrera pas les mains vides. Mieux, la plèbe pourrait bien apprécier cette façon très rockstarienne de tourner en bourrique les forces de l'ordre.
Mais le politiquement incorrect érigé en marque de fabrique, cela n'est pas suffisant. Il lui faut autre chose... Une véritable révélation, un truc qui ferait de lui un journaliste d'investigation à retenir, comme David Pujadas et Harry Roselmack, ses modèles. Là ! Une piste... On dirait... un quiz à la con sur l'histoire de Liberty City ! C'est inespéré, l'euphorie gagne Arthur Rabot, a tel point qu'une veine éclate quelque part au niveau de son cerveau. Une rupture d'anarv... d'anvré... d'avironnisme... un pétage de veine. S'écroulant avec panache, le prometteur fouineur s'éteint avec le sentiment du devoir accompli.